Prévention santé, l’heure de la mobilisation collective a sonné

29/11/2017, publié par NicolasTardivel
Prévention santé

La prévention santé est aujourd’hui sur toutes les lèvres : assureurs, mutuelles, entreprises et pouvoirs publics. « Prévention & Innovation  » sont ainsi inscrites sur la feuille de route du ministère de la Santé. Mais qu’entend-on au juste par prévention ? Par définition, travailler en amont pour prévenir ou limiter les maladies, notamment les pathologies chroniques comme le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, etc.

Plus précisément, il existe aujourd’hui trois grands axes de prévention. La prévention dite primaire qui vise à diminuer l’apparition des maladies par un changement de comportements, comme la pratique d’une activité physique par exemple. La prévention secondaire, ensuite, qui cherche à diminuer la prévalence de la maladie, c’est-à-dire le nombre de pathologies développées par la population. Enfin, la prévention tertiaire, dont l’objectif est, une fois la maladie déclenchée, d’éviter ses effets secondaires ou des complications trop importantes.

Un engouement contraint pour la prévention santé

Ces définitions rappelées, la question est : pourquoi un tel engouement pour la prévention santé ? Pourquoi maintenant ? Cela s’explique, selon moi, par l’obligation désormais faite aux entreprises de souscrire à des contrats collectifs auprès des mutuelles. Les services associés à la prévention santé, coaching santé, plateformes en ligne,… sont en effet devenus un véritable élément différenciant des offres proposées par les mutuelles. En parallèle, le secteur de la santé vit une transformation importante, passant d’un système où on soignait des malades, à un système où on accompagne dans la durée des pathologies chroniques.

1 salarié sur 5 directement concerné par une maladie chronique

Juste un chiffre pour prendre conscience du phénomène : aujourd’hui, 1 salarié sur 5 serait directement concerné par une maladie chronique1. Avec pour conséquence, une explosion des coûts directs (traitements) mais aussi des coûts indirects (absentéisme, arrêt maladie, etc). Dans son article « La maladie chronique à l’épreuve de l’entreprise : une réalité et un enjeu pour demain », Patricia Courtial, Directrice-adjointe, Carsat Rhône-Alpes précise : « Plusieurs études tendent à démontrer que le poids économique de l’absentéisme par exemple n’est pas négligeable. Il représenterait environ 45 milliards d’euros pour les entreprises du secteur privé et 60 milliards d’euros en ajoutant les coûts indirects. (…) S’il est difficile de distinguer le coût lié aux maladies chroniques des autres motifs d’absentéisme maladie, selon l’Institut for Health and Productivity Management, le poids économique des maladies chroniques devrait doubler en Europe au cours des vingt prochaines années. » Le manque ou l’absence d’activité physique n’est pas en reste puisque selon une estimation prudente, l’inactivité physique a coûté aux systèmes de santé 53,8 milliards de dollars dans le monde en 2013, dont 14 milliards liés à la baisse de productivité2 ! On comprend mieux dès lors pourquoi mutuelles et entreprises aspirent à limiter, à tout le moins retarder, l’apparition de ces maladies par l’intermédiaire de démarches proactives d’accompagnement.

De nombreuses initiatives mais des taux d’utilisation faibles

C’est ainsi qu’on a vu fleurir une foule d’initiatives et d’approches innovantes en matière de prévention dans les entreprises : plateformes de coaching (bien être, diététique, etc.), applications pour arrêter de fumer, lutter contre la sédentarité, prescription sportive sur ordonnance… Toutes ces initiatives vont dans le bons sens. Oui. Sauf que, pour l’instant, elles peinent à toucher leur public. Avec un taux d’utilisation de seulement… 20 %. C’est peu au regard des besoins qui explosent.

Prévention santé : s’inspirer de ce qui se fait déjà ailleurs

Dans ces conditions, je pense que les pouvoirs publics doivent favoriser les conditions propices à la prévention santé et l’inscrire comme une obligation pour les entreprises, les assureurs, les hôpitaux. En s’inspirant notamment de ce qui se fait déjà ailleurs.

À commencer par l’Allemagne où, depuis environ deux ans, un cadre légal contraint les entreprises et l’équivalent de l’assurance maladie à allouer des sommes significatives à la prévention santé. Un environnement favorable obligatoire qui a permis le développement d’un écosystème vertueux de la prévention santé, avec l’apparition de nouveaux acteurs, de start-ups…

Autre exemple dont nous pourrions nous inspirer en France, celui de ces villes aux États-Unis qui intègrent la prévention santé dans une véritable démarche globale avec notamment le concept des « Blue Zones », où tout est pensé pour limiter les facteurs de risque : se rendre à l’école à pied ou à vélo, avoir des restaurants qui servent des repas équilibrés, un accès rapide à des bilans de santé gratuits pour faciliter le dépistage, un accès à des salles de sport, etc. À quand de telles initiatives en France ?

Dépasser les initiatives isolées

Au-delà de ces exemples inspirants, gardons en tête que l’enjeu dépasse le cadre de l’entreprise, des assureurs et des mutuelles. La prévention santé ne peut pas être le seul fruit de leurs initiatives isolées, au risque que son efficacité reste toute relative. L’ensemble des parties prenantes, pouvoirs publics en tête, ont un rôle à jouer pour créer les conditions propices permettant à chacun de changer ses comportements. En la matière, je ne crois pas, d’ailleurs, que l’individu, seul, puisse pousser la démarche de la prévention santé. Il convient donc, à mon sens, de miser sur la vertu du collectif.

1Malakoff Médéric – Entreprise territoire de santé
2The Lancet – The economic burden of physical inactivity: a global analysis of major non-communicable diseases -2016